|
|
m3r1 : 25/01/2012 07:47:10 |
Dossier publié le 19/01/2012 à 12:50
Au mois de décembre, nous avons eu l'honneur de rencontrer à Paris la compositrice Michiru Ôshima, incontournable au Japon mais un peu moins connue en France, où de nombreuses œuvres pour lesquelles elle a écrit sont pourtant sorties. Parmi ses références, on peut citer Legaia et ICO pour le jeu vidéo, Fullmetal Alchemist et The Tatami Galaxy pour l'animation, et trois films Godzilla sortis dans les années 2000 pour le cinéma. Elle compose également régulièrement pour la télévision (publicité, dramas, etc.). Dans cet entretien, elle évoque son quotidien de compositeur, ses expériences de musique pour le jeu vidéo et l'animation mais aussi son amour pour la France.
C'est différent pour les animés et le cinéma. Dans le cas d'un film, le réalisateur doit absolument donner son accord pour que la musique soit acceptée, même si le compositeur pense qu'il a fait quelque chose qui convient. En ce qui concerne l'animation, c'est le compositeur qui décide de faire de tel ou tel morceau le thème principal.

On peut dire cela, en effet.
J'utilise un ordinateur et le logiciel Finale. Depuis quinze ans, je n'utilise plus le papier mais uniquement l'ordinateur, avec un synthétiseur.
L'un des grands avantages est de pouvoir entendre les impressions des fans ! Par exemple, l'un d'entre eux m'a dit qu'il écoutait la musique de Planet of Life chaque jour dans le train en révisant ses examens, d'autres que ma musique les aidait à aller mieux quand ils se sentaient mal, etc. Ce genre de retours me rend heureuse.
Pour ce qui est des désavantages, il y a le fait de travailler à la maison. Je n'ai jamais l'esprit tranquille tant qu'un projet n'est pas terminé, il y a toujours cette pression du délai et il est difficile de faire autre chose que de la musique quand son lieu de travail et le même que son lieu de vie.
Quand je suis à Paris, j'aime l'hiver car il fait froid et que j'ai plus tendance à rester chez moi. Mais aux mois de mai ou juin, on peut avoir la tentation de sortir pour profiter du beau temps et c'est moins facile de travailler !
En fait, je dirais qu'elle change vraiment en fonction du jour où je l'écris.
Il m'arrive de réécrire des morceaux le lendemain de leur écriture mais je ne vais pas jusqu'à colorer ma musique avec des émotions passagères.
Je dois souvent composer plusieurs musiques de démonstration pour des compositeurs et lorsque ça ne leur plaît pas, elles ne deviennent rien. Ça ne veut pas dire que je supprime ces données, qui sont sur un support papier ou numérique, mais que je ne les réutiliserai pas.

La compositrice lors d'un enregistrement
Oui, ça change du tout au tout. Quand je suis à Tokyo, je travaille chez moi, à mon bureau. En revanche, quand je suis à Paris, j'ai plus tendance à me promener dans les rues et à recevoir de l'inspiration comme ça. La raison pour laquelle ça se passe comme ça, c'est qu'à Tokyo, il y a du bruit partout, dans la rue, dans le train, dans les cafés... La ville est saturée de musique. À l'inverse, à Paris, on a moins cette impression d'être écrasé par la musique et ça permet d'avoir une meilleure inspiration.
Il y a une différence importante de son que je ne saurais expliquer. Peut-être que le voltage y est pour quelque chose [NDLR : 110V au Japon]. J'ai l'impression que le son est moins consistant à Tokyo. Il y a aussi une différence au niveau des musiciens. Au Japon, ils sont très stricts, avec une technique virtuose. En France, ils donnent plus de place à l'émotion.
Le son des orchestres russes est bien plus lourd, plus dense. En plus de Fullmetal Alchemist, j'ai aussi enregistré en Russie pour les films Godzilla. Je pense que les musiciens russes sont excellents pour exprimer une force un peu « militaire ».

Michiru Oshima au travail sur la partition de FMA
Avant, je composais dans l'avion, dans le train, dans le bus… Mais plus aujourd'hui. À l'époque, j'écrivais au crayon sur du papier à musique et c'était plus simple. Aujourd'hui tout est passé à l'informatique.
À cette époque, j'étais obligée d'avoir un planning extrêmement précis pour respecter les dates. Je décidais à l'avance des horaires des pauses. Par exemple, je m'accordais dix minutes de pause, trente minutes pour le repas, puis je me remettais au travail. C'est typiquement japonais, n'est-ce pas (rires).
C'est difficile à dire. Quand j'ai commencé, on me disait souvent qu'elle donnait de l'énergie ou le sourire, un peu à l'image de la musique de Gokusen [NDLR : comédie très populaire de 2004 sur le thème de l'éducation à des élèves difficiles].
À l'époque où je composé pour Le continent du vent, j'aimais beaucoup les instruments folkloriques et mon idée était de les mélanger aux instruments modernes. J'ai gardé contact avec des personnes qui jouent très bien de ces instruments, je continue donc naturellement à les utiliser au fil des projets.
Par exemple monsieur Watanabe, qui joue sur ICO !
Oui, il est très bien [en français dans le texte]. Il joue aussi dans Le continent du vent, dans la chanson Sha-lion, etc.
Lui et le producteur, monsieur Kaidô, m'ont surtout demandé de faire un thème principal qui ressemble à Sha-lion. Ils m'ont montré un pilote qui m'a permis de comprendre l'univers du jeu. Ce qui est amusant avec l'équipe d'ICO, c'est que quand nous avions une réunion, ils venaient toujours à quatre ou cinq et donnaient chacun leur avis tour à tour, quoi qu'il arrive.
Pour Tatami Galaxy et ICO, les créateurs étaient calmes et il n'y avait pas de discussions houleuses.
C'est difficile à dire, ils [ceux avec qui j'ai travaillé] étaient tous intéressants (elle réfléchit). Ah oui, je rêve de composer pour un Gundam !
Quand j'ai fourni mes premières pistes au directeur du jeu, il m'a dit que ça n'allait pas, il voulait des morceaux beaucoup plus dynamiques, plus puissants. J'avais tout composé au synthétiseur et j'ai dû tout refaire, en ajoutant des couches à chaque fois, au point d'avoir mal à la tête. À cette période, je travaillais très tard le soir et j'utilisais donc un casque pour ne pas déranger mes voisins. C'était épuisant et je finissais par avoir très mal aux oreilles.
Au final, le jeu a eu beaucoup de succès, notamment aux Etats-Unis, je suis donc contente d'avoir pu y participer, mais ça reste une expérience éprouvante !
Comme les musiciens sont issus du monde classique, on va surtout rester dans cet univers, mais je veux également donner un côté joyeux à certains morceaux, en m'éloignant un peu de leur version originale.
Il y en a beaucoup ! Pour ce qui est de la musique, je dirais Maurice Ravel. Autrement, j'aime beaucoup Jean Cocteau qui avait une vision en tant qu'homme très particulière. Il était touche-à-tout, il dessinait, écrivait, etc.
Site officiel du concert [fr]
Site officiel de Michiru Ôshima [jp]
Interview réalisée en collaboration avec Jérémie Kermarrec, du site Musica Ludi. Mille merci à Michiru Oshima pour son temps et sa gentillesse et à Wayô Records pour la coordination de l'interview.
Connexion avec un compte existant
Grâce à ce formulaire vous pouvez vous connecter sur Wakanim en utilisant votre compte préféré