Dossier publié le 26/02/2010 à 12:55
Nous avons choisi, pour ne pas trahir la pensée du réalisateur, de vous présenter une retranscription intégrale des deux séances de la Carte Blanche à Sunao Katabuchi qui s'est déroulée le 9 février au Forum des Images.
1. Première séance : influences
2. Deuxième séance : autour de Takahata et Miyazaki
3. Le studio 4°C
4. Les années 2000 : difficultés et évolution
5. Princesse Arete et Mai Mai Miracle
6. Questions du public
C'est la deuxième fois que j'ai l'occasion de vous montrer des films ici au Forum des Images. La première fois, c'était en 2001. C'est un moment particulier pour moi et je suis heureux d'être à nouveau parmi vous. Je voudrais remercier l'ensemble des personnes qui ont permis ma venue : le Forum des images, le festival Image par Image et Ciné Junior. Je suis arrivé hier soir du Japon donc je suis encore un peu décalé mais je vais m'efforcer de ne pas m'endormir pendant les projections (rires).
Des trois extraits que l'on va voir, le premier vient d'un film que j'ai vu enfant à sa sortie au Japon, j'avais alors deux ans. C'est un de mes tous premiers souvenirs et c'était mon premier film d'animation. Je le considère aujourd'hui encore comme un premier pas vers ce qui m'a mené à ce que je suis aujourd'hui.
Le chat botté et 3000 lieues à la recherche de maman sont des titres qui ont joué un rôle d'influence décisif sur mon parcours. Le chat botté a été réalisé par Kimio Yabuki mais l'extrait que vous allez voir ce soir a été conçu et animé par Hayao Miyazaki. C'est l'un des premiers travaux sur lequel il a mis en avant sa personnalité d'animateur. On trouve là une des bases qui fera son travail en tant que réalisateur par la suite et ce fut pour moi une révélation.
3000 lieues à la recherche de maman n'est pas un film mais une série télévisée de plus de cinquante épisodes réalisée par Isao Takahata. L'importance de ce titre à mes yeux, non seulement pour mon parcours mais aussi pour l'animation japonaise, réside dans les choix de réalisation opérés par Takahata dans sa façon de décrire les personnages et leurs émotions. Vous verrez dans cet extrait issu de la fin du premier épisode que le personnage principal est soumis à un dilemme. La façon de décrire la figure humaine, notamment, a établi quelque chose de nouveau dans le dessin animé au Japon.
Le prince-garnement terrasse la grande hydre est sorti en salles au Japon en mars 1963. Mon grand-père tenait une salle de cinéma et j'ai vu ce film dans la salle qu'il exploitait. Je suis né en [août] 1960, j'ai donc deux ans et sept mois à cette époque. Mon premier souvenir au cinéma date de ce film. Je suis entré par hasard dans la salle alors qu'il était en projection, peu avant le moment que vous venez de voir. Je ne sais pas pourquoi je me souviens si clairement de ce film et de ce passage, mais je sais que c'est mon souvenir le plus ancien. Il y a une autre coïncidence qui est que les animateurs qui ont travaillé sur cette séquence de l'hydre sont Yasuo Ôtsuka (photo ci-contre) et Sadao Tsukioka. Certains parmi vous connaissent sans doute Yasuo Ôtsuka car il a déjà été présenté ici au Forum des images. Il a été mon professeur à l'université et quand je suis devenu professionnel, il a été un de mes mentors, me prodiguant beaucoup de conseils. Ceux qui ont créé ces images qui constituent mon plus vieux souvenir sont par la suite devenus des maîtres, l'un et l'autre.
Le premier extrait est à mon sens l'un des exemples les plus anciens d'une animation japonaise de très haute qualité. Un aspect particulier de ce film se trouve dans la manière de dépeindre les personnages. Jusqu'alors, c'est une façon de faire dans la lignée des productions américaines et de Disney en particulier qui avait prévalu mais c'est à partir de ce film que se met en place une forme d'originalité graphique.
Dans la manière de concevoir la composition du cadre, également, on remarque un usage répété de la profondeur et une mise en scène fondée sur la perspective qui fait vraiment penser à une prise de vue avec caméra réelle. Le dessin animé avait jusqu'alors, dans une logique théâtrale, l'habitude de faire appel à beaucoup de mouvements latéraux, bien plus simples à concevoir.
Pour revenir au Chat botté, c'est aussi un film important en cela que c'est avec celui-ci que mon grand-père a mis fin à son activité d'exploitant de salle pour prendre sa retraite. M. Miyazaki a travaillé sur cette séquence dès les recherches graphiques dont le storyboard et on y trouve des motifs qui vont être utilisés plus tard dans Le château dans le ciel, par exemple. Un jeune garçon, le personnage principal, essaie de sauver une jeune fille qui a sur elle un trésor de petite taille. À un certain moment, acculée, elle ne peut plus fuir. L'action trouve finalement un dénouement dans un endroit en hauteur, ce qu'on retrouve dans Le château de Cagliostro et Le château dans le ciel.
La connaissance du style de récit de Miyazaki, qu'on trouve déjà dans Le chat botté, m'a servi dans cette collaboration avec lui par la suite.
Par opposition à 3000 lieues à la recherche de maman et au Chat botté, on est ici dans un autre registre, notamment dans la mise en scène pour laquelle on se rapproche de la prise de vue réelle. Il y a une sorte de synchronisme entre l'évolution de l'animation et mon histoire personnelle, qui représente finalement le passage à l'âge adulte.
Au fil des années, j'ai été amené à découvrir des productions étrangères. Les films de Mc Lauren (photo ci-contre) sont d'ailleurs parmi les premiers films étrangers que j'ai vus. J'ai découvert l'œuvre de ces auteurs à l'université. Ce fut pour moi un très grand choc, ce sont de grands classiques de l'animation mondiale ! Ils ont en commun une caractéristique qui est de partir d'éléments très simples pour construire des films très complexes basés sur des personnages forts. J'enseigne aujourd'hui dans cette université où j'étudiais autrefois et c'est pour moi un principe que de montrer aux étudiants de première année des films de ces deux réalisateurs.
L'animation est produite continuellement partout dans le monde et on passe de choc en choc de manière de plus en plus fréquente.
J'ai réalisé un court-métrage en 1998 qui a été présenté au festival d'animation de Zagreb. Le film qui précédait le nôtre dans la compétition était La sirène de Petrov. À la fin de la projection, nous nous sommes levés et nous sommes enfuis jusqu'à l'hôtel (rires).
Petrov y utilise une technique très complexe, la peinture sur verre. Au contraire, La belle au bois d'or de Bernard Palacios utilise un graphisme simple porteur d'une émotion complexe.
La belle au bois dormant est un film inscrit dans notre époque, une période où les ressorts des contes ne fonctionnent plus. Les personnes qu'on attend ne viennent pas et on a le sentiment de vivre dans un quotidien médiocre. Finalement, l'image de la fontaine coulant à nouveau [à la fin du court-métrage] est une image assez forte, pour moi.
Ma rencontre avec Jacques Colombat remonte à ma dernière visite au Forum des images en 2001, on y avait montré mon film Princesse Arete et un de ses films . Depuis lors, je le rencontre quand je viens en France et c'est un grand plaisir.
Le film de Hiroshi Hara , qui est un ami de l'époque où j'étais étudiant, est légèrement différent de ce qu'on a vu jusque là puisqu'il s'agit d'un film amateur réalisé en petit groupe. J'ai personnellement participé au gouachage. M. Hara étudiait la médecine dentaire et il est devenu dentiste mais de temps en temps, quand il trouve du temps, il crée un film d'animation.
Fin de la première séance.
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