ITW : Cécile Corbel

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Dossier publié le 29/07/2010 à 11:21

 

Wakanim a rencontré au Japon la compositrice de la musique de Karigurashi no Arrietty, Cécile Corbel. Dans cette interview, elle retrace son parcours, parle de la harpe celtique, de son travail sur le film... et aussi un peu de J-pop.

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec la musique ?

 

J'ai toujours beaucoup aimé la musique. J'ai d'abord appris la guitare petite sans que ce soit très fructueux puis j'ai découvert la harpe à l'adolescence. Je suis née et ai grandi en Bretagne où c'est un instrument très populaire, très facile d'accès. J'ai eu un flash vers quinze ans et c'est par coup de cœur que j'ai voulu commencer à l'apprendre, sans me douter que j'allais ensuite en faire ma vie.

 

 

À quelle occasion avez-vous découvert la harpe celtique ?

 

C'est d'abord un choc visuel. C'est un instrument qui a une belle présence visuelle et la façon d'en jouer est assez sensuelle, ce qui m'a fait tilter quand j'étais adolescente. Pour ce qui est du son, c'est en entendant une harpiste jouer que j'ai été séduite, tout simplement. J'ai eu la chance d'avoir une prof qui vivait dans le même village que moi, ce qui m'a permis de prendre des cours réguliers avec elle. Tout a commencé comme ça.

 

Je suis ensuite allée à Paris, après mon bac, pour suivre des études d'archéologie. J'y ai rencontré la communauté bretonne de Montparnasse qui est assez dynamique, très fière de ses racines et mélomane. Je me suis très vite retrouvée à jouer dans les pubs, les bars, avec des musiciens interprétant de la musique bretonne et irlandaise. Ça a été une très bonne école pour commencer la scène et apprendre du répertoire. Finalement, j'étais déjà en condition de jouer sur scène très peu de temps après avoir commencé l'étude de l'instrument.

 

 

De fil en aiguille, j'ai eu envie de prendre mon indépendance par rapport au groupe dans lequel je jouais et de faire une première maquette puis une seconde. C'est d'ailleurs à cette occasion que j'ai rencontré Simon [NDLR : Simon Caby, avec qui elle a composé la chanson d'Arrietty] puisqu'on a enregistré mon premier album ensemble. On a d'ailleurs travaillé ensemble dès les premières maquettes. La première, qui était auto-produite et vraiment pensée comme une démo s'est retrouvée sortie comme un vrai disque par le label Keltia Musique, qui a flashé dessus.

 

 

Il est sorti tel quel ?

 

Oui. Ce disque a été une vraie chance qui m'a aidéec' à faire mes premiers pas sur de vraies scènes, des festivals, etc. C'était en 2004 - 2005. En 2006 et 2008, j'ai sorti deux autres albums dont le dernier, Song Book 2. Depuis ce premier album, j'ai participé à beaucoup de festivals en France mais aussi à l'étranger. Avec les musiciens, nous sommes allés à l'autre bout du monde : en Australie, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud. C'était une chance inespérée.

 

 

Les gens y connaissent-ils la musique celtique ?

 

Pas forcément, j'ai par exemple joué en Birmanie où elle est encore totalement exotique et inexistante. Et aujourd'hui, au Japon !

 

 

Quand avez-vous commencé à composer ?

 

Je compose depuis toujours. Même adolescente, dès les premiers cours de harpe, j'avais des professeurs qui prodiguaient un enseignement assez oral puisqu'on travaillait la musique traditionnelle. Ces gens encouragent beaucoup l'improvisation et la composition, ce qui fait que, débutante, je faisais déjà de petites compositions de rien du tout. Après mes premiers albums, j'ai fait de plus en plus de reprises et d'arrangements de musique traditionnelle mais c'est seulement avec le dernier disque que je me suis autorisée à enregistrer des compositions. Il est constitué à 90% de compositions personnelles et originales, même si elles sont inspirées par le répertoire celtique.

 

 

La harpe celtique est-elle un instrument difficile à apprendre ?

 

C'est une question un peu délicate car je pense que tous les instruments sont difficiles. Cela dit, quand on commence l'instrument, je trouve qu'il est assez gratifiant car le concept de fausse note n'existe pas. Comme il est diatonique, on est tout de suite dans de jolies harmonies. Je pense qu'un débutant peut aller de manière assez instinctive vers de jolis airs, même à base de choses simples. C'est un instrument qui apporte de la joie dès le départ. À terme, cela dit, je crois que tous les instruments demandent un gros travail pour arriver à un bon niveau technique.

 

Je ne m'estime pas virtuose de l'instrument. Il y a des gens complètement fous, avec une virtuosité incroyable sur la harpe celtique, notamment en Amérique du Sud. Je ne suis pas de cette catégorie là, je suis plutôt une chansonnière qui s'accompagne à la harpe, même si ma technique n'est pas mauvaise.

 

En Bretagne, pour un enfant qui a envie d'apprendre un instrument, la harpe celtique est assez abordable. C'est aussi banal que d'apprendre la guitare ou le piano. On trouve d'ailleurs beaucoup de professeurs dans les écoles de musique. Il y a aussi beaucoup de harpistes professionnels, de gens qui font leur propre musique dans des styles divers et variés...

 

 

Un des avantages de la harpe celtique, c'est qu'elle a l'air plus facilement transportable qu'une harpe de concert...

 

Disons que c'est plus encombrant qu'un harmonica (rires). C'est souvent ce qu'on me dit au contrôle des bagages. Dès qu'on prend l'avion, c'est un peu casse-pieds, mais, étudiante, je prenais le métro ou le bus facilement avec. La mienne pèse environ 10kg.

 

 

Techniquement, parlez-nous de l'instrument...

 

Il n'y a pas de pédale, contrairement à la harpe de concert qui permet de passer d'une gamme à l'autre avec les pieds. Avec la harpe celtique, il y a des leviers sous chaque corde qui permettent de changer de plus ou moins un demi-ton. Certaines tonalités sont du coup difficilement accessibles. C'est un instrument qui est de toutes façons fait pour la musique traditionnelle celtique, souvent diatonique.

 

 

Jun'Ichi Nishioka parle de votre rencontre avec Ghibli comme d'un véritable hasard, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

C'est une succession de hasards. D'abord, j'ai envoyé mon album Song Book 2 à Ghibli, ce que je n'avais jamais fait jusqu'alors. Ce n'était pas vraiment pour montrer mon travail mais pour remercier le studio Ghibli pour ses films. Simon et moi sommes fans et très influencés par ces films, c'est pour cette raison que j'ai eu envie d'envoyer ce CD en tant que cadeau. Ce qui est amusant, c'est que je l'ai envoyé sans contact.

 

Deuxième chose folle : le CD s'est retrouvé sur le bureau de M. Suzuki au moment où il cherchait la musique du prochain film. Il l'a écouté, ce qu'il ne fait habituellement jamais !

 

Il est tombé amoureux de la première chanson, Mary, puis de la deuxième, de la troisième, etc. À partir de là, je crois qu'il l'a fait écouter à un peu tout le monde, à M. Yonebayashi, le réalisateur du film, notamment.

 

 

Où en est le film, à ce moment ?

 

C'était la genèse totale, il n'y avait que les dessins, je crois. La production n'était pas du tout lancée.

 

Dix jours plus tard, j'ai reçu un e-mail assez drôle, en anglais, qui demandait si j'étais bien Cécile Corbel. J'étais déjà époustouflée de recevoir ce simple mail. J'ai d'abord pensé que c'était un simple remerciement.

 

Dans le mail suivant, on nous a parlé de faire une chanson pour le futur film. Nous étions fous de joie ! Nous avons rencontré une partie de l'équipe internationale à Paris. D'une chanson, nous en sommes arrivés à deux puis trois. Nous travaillions comme des fous, renvoyant les maquettes après plus ou moins cinq jours, en croisant les doigts. Au bout de trois chansons, on nous a proposé de prendre en charge toute la musique. C'était avant l'été 2009. Pendant tout l'été et au-delà, nous n'avons plus fait que composer et travailler de plus en plus en collaboration avec l'équipe présente à Tôkyô.

 

En avril 2010 [NDLR : au moment de l'interview], nous avons presque tout terminé. Le plus gros est fait mais il reste de petites retouches à faire, par exemple au niveau des tonalités, du tempo, etc.

 

 

Vous étiez effrayés par ce projet ?

 

Nous avons été très effrayés ! Nous avons mis beaucoup d'énergie et de temps dans les premières chansons. L'été 2009 a d'ailleurs été fou, j'avais déjà calé une tournée, des tas de concerts, le concert Anne de Bretagne auquel je participais, etc. Nous n'avions donc officiellement pas le temps de le faire mais nous avons compensé en travaillant toute la journée.

 

 

C'est la première fois que vous composiez pour de l'image ?

 

C'est une aventure totalement nouvelle mais on a mis la barre haut pour une première (rires). Ghibli a su dès le début qu'on n'avait jamais travaillé sur de l'image et a accepté le fait que ce ne soit pas notre métier. Cependant, on m'a souvent dit que ma musique était très cinématographique sur les albums précédents. Je pense que l'équipe a senti que c'est une musique qui allait bien avec des images. Nous avons choisi de ne rien changer à nos habitudes, se disant qu'ils avaient validé ce qu'ils avaient aimé du disque, c'est-à-dire ce qu'on fait habituellement. J'ai donc fait les chansons en imaginant que ce seraient celles d'un disque personnel, avec la même sincérité. Nous faisons toujours des choses qui racontent des histoires, avec un personnage, un début et une fin. Ici, la seule chose qui change, c'est qu'on nous a fourni les histoires.

 

 

 

Vous avez dû composer des pistes instrumentales pour ce film ?

 

Étrangement, il y a beaucoup de chansons. L'Image Album contient quatorze chansons avec couplet et refrain, comme sur mes albums précédents. Sans rien révéler sur le film, je crois qu'il n'y a jamais eu autant de chansons dans un Ghibli... Ce n'est pas pour autant un Disney !

 

Les gens de Ghibli, eux-mêmes, étaient surpris en réunion de voir que ça marchait très bien.

 

 

 

Etait-ce avec des paroles ?

Avec des paroles, en effet.

 

Quelle langue avez-vous utilisé ?

Tout est en anglais, hormis la chanson du générique pour laquelle nous avons enregistré en japonais avec simplement quelques phrases en anglais.

 

 

Rien n'est chanté en breton ?

C'est vrai que nous nous sommes posé la question mais bien que je l'aie étudié trois ans à Paris, je ne maîtrise pas le breton au point d'écrire des paroles dans cette langue.

 

 

À propos, ça n'aurait pas posé de problème que vous utilisiez le breton ?

Je ne crois pas, on nous a dit qu'il n'y avait pas de frontière au niveau des langues. J'aurais même pu chanter en français. Sachant que je chante déjà en beaucoup de langues pendant mes concerts, par exemple en turc, on m'a proposé le japonais, comme une éventualité. J'ai tout de suite accepté.

 

 

Et pour ce qui est des paroles de cette chanson d'Arietty ?

C'est une adaptation du texte anglais que j'ai écrit.

 

LIRE LA SUITE (PAGE 02)

Commentaires

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DamienTremollet : 17/05/2011 05:39:13

merci pour ce bel interview ! vraiment bien construit et super intéressant !

Anglemort : 29/07/2010 19:29:41

Ah ! Enfin le fameux interview :D Très intéressant.

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